Notre univers
« Mes plus beaux voyages, je les ai faits sur mon canapé. »
Yves Saint Laurent
C'est ma devise. Les plus belles inspirations naissent de la rêverie et de la contemplation. Je puise davantage dans les musées et la littérature que dans les voyages eux-mêmes, dans ce que l'art dépose en nous quand on prend le temps de le regarder.
Le temps et la mémoire
Ce que le temps dépose
Un thème traverse tout mon travail : le passage du temps, la mémoire. J'aime l'aspect des murs, les procédés d'usure, les textures laissées par les siècles. Les églises de Sicile, un lettrage et une devise presque effacés qui témoignent de temps anciens, des frises et des bas-reliefs détruits.
Des ressentis de promenade, une forme de musée urbain, un mélange entre le passé et le présent. C'est cette matière-là que je cherche à retenir dans le métal.
La matière
Les textures
Si quelque chose me définit, ce sont les textures. Un traitement du métal qui m'est propre, et une manière particulière de sertir les pierres. Ces textures prennent racine dans les objets très anciens.
L'or chiffonné est né de la découverte d'objets enfouis, de masques mortuaires déposés dans les tombes cinq siècles avant notre ère. L'or y devient une feuille cabossée, c'est de cette image qu'est venue mon approche froissée du métal.
La façon dont je sertis les pierres procède du même geste. Le résultat de l'usure doit être imperceptible, comme un bijou que l'on aurait porté très longtemps : un serti dentelé, organique, une érosion douce qui donne l'effet d'années de présence sur la peau.
Les anneaux Cyclades portent tous ces textures organiques. Dans leur traitement, ils empruntent aux bijoux grecs antiques une forme d'intemporalité.
La transmutation
Du plomb à l'or
Il y a aussi, en filigrane, une imagerie médiévale et alchimique. Les tableaux primitifs des XIVe et XVe siècles, ces personnages riches portant plusieurs bagues à la main. Et l'alchimie, la transmutation du plomb en or, d'où viennent le dragon, le phénix.
Ce qui m'intéresse dans cette transmutation, c'est sa dimension intérieure. Une évolution de soi, plutôt qu'une spiritualité ou une énergie. Per aspera ad astra: par les sentiers ardus, jusqu'aux étoiles.
Le talisman
Une armure
Les devises évoquent les blasons et les armoiries, celles que l'on retrouve au fronton des édifices : écussons, licornes, griffons, dragons, le glaive, le diamant. Des armes pour combattre. Car la vie se traverse comme un combat, et le bijou, comme un talisman, en devient l'outil.
Il donne la force d'affronter le monde extérieur. Il fait partie de soi, comme une armure. Et il répond à un besoin : celui d'être armé, doucement, pour ce que la vie demande.
Le bijou a un cycle de vie. On l'enlève, on le remet ; il s'intègre à l'existence comme une suite de moments précis, presque un cérémonial.
Une image
Les Ailes du désir
Certains de mes anneaux portent les noms des personnages des Ailes du désir, le film de Wim Wenders. Une manière de laisser une image, un regard, entrer discrètement dans la matière.